Concert 2
27 août 2026 - 19h30
PRIEURÉ SAINT-NICOLAS DE CAMPAGNAC
Durée :
Tarifs :
1h30
programme
Wolfgang Amadeus Mozart (1756–1791)
Divertimento en mi bémol majeur pour trio à cordes, K. 563 (1788) 43'
Valentin Silvestrov (né en 1937)
Stille Musik - II. Abendserenade (2002) 4'
Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840–1893)
Sextuor à cordes en ré mineur, op. 70, « Souvenir de Florence » (1890) 35'
distribution
Liya Petrova, violon
Charlotte Saluste-Bridoux, violon
Clémence de Forceville, violon
Shuichi Okada, violon
Nicolas Garrigues, alto
Paul Zientara, alto
Aurélien Pascal, violoncelle
Victor Julien-Laferrière, violoncelle
note de programmation
Composé à Vienne, le Divertimento en mi bémol majeur K. 563 occupe une place singulière dans l'œuvre de Mozart. Derrière un titre qui évoque encore la musique de divertissement pour ensemble à cordes héritée du XVIIIᵉ siècle se cache en réalité l'un des sommets absolus de la littérature pour trio à cordes. Dédiée à son ami et frère franc-maçon Johann Michael Puchberg, cette vaste partition en six mouvements dépasse largement le cadre de la musique d'agrément : chaque instrument y acquiert une autonomie comparable, dans un dialogue d'une subtilité exceptionnelle. L'écriture conjugue l'élégance classique à une profondeur expressive qui annonce déjà les grandes œuvres chambristes du siècle suivant. Les épisodes de grâce lumineuse alternent avec des moments d'introspection où le temps semble suspendu, tandis que les variations de l'Andante ou le chant presque opératique de l'Adagio révèlent un Mozart au sommet de son art, capable de faire naître une étonnante richesse sonore à partir de seulement trois voix.
Cette économie de moyens, où chaque ligne devient essentielle, trouve un écho inattendu dans la musique de Valentin Silvestrov. Né à Kiev en 1937, le compositeur ukrainien a progressivement délaissé les expérimentations de l'avant-garde pour élaborer un langage de la mémoire et de la résonance. Chez lui, la musique semble toujours parvenir de loin, comme si elle prolongeait un chant déjà disparu. Stille Musik (« Musique silencieuse »), cycle auquel appartient Abendserenade (« Sérénade du soir »), appartient à cette esthétique de l'effacement. Écrite en 2002, la pièce ne cherche ni le contraste ni le développement dramatique : elle s'épanouit dans une respiration lente, faite de fragments mélodiques, de silences et de réminiscences. Les harmonies paraissent flotter entre présence et souvenir, invitant l'auditeur à une écoute intérieure où chaque inflexion prend la valeur d'une confidence. La sérénade n'y est plus un genre galant mais le souvenir idéalisé d'un chant venu d'un autre temps.
Cette idée de la mémoire irrigue également la dernière œuvre de chambre de Tchaïkovski. C’est pour son amie et mécène Nadejda von Meck, grande amatrice de musique de chambre, que Tchaïkovski écrit son sextuor, dont la composition rencontre quelques difficultés mais le laisse finalement satisfait (« c’est effrayant à quel point je suis content de moi ! », lui écrira-t-il). Il revient tout juste de son huitième et dernier séjour à Florence, où il a écrit en un temps record la partition intégrale de La Dame de Pique. Loin d’être un exercice de style à l’italienne, le sextuor est empreint de nostalgie et de douceur – parfois celle d’une sérénade chantée sous quelque balcon, parfois celle des paysages russes qui l’accueillent après son long voyage. Une réjouissante richesse orchestrale vient colorer de grands coups de pinceaux l’ensemble de ces « six voix, indépendantes mais semblables ».
Ainsi la sérénade se transforme au fil des siècles, idée plutôt que forme, hommage plutôt que discours. Chez Mozart, elle affleure dans la conversation lumineuse des trois instruments ; chez Silvestrov, elle n'est plus qu'un souvenir résonant dans le silence ; chez Tchaïkovski enfin, elle est la réminiscence d'un voyage absorbée par la plénitude de l'écriture pour sextuor.
Constance Clara Guibert
Comme l’an dernier, le Prieuré Saint-Nicolas de Campagnac vous propose un dîner en table d’hôtes sur les terrasses du Locus Solus, à l’issue du concert.
Le bar ouvrira dès 18h. Il sera possible de commander à l’avance des planches de fromages et de charcuterie, et de prolonger la soirée autour d’un verre après le concert.
Entrée, plat, dessert, vins et eaux.
